Le Brésil a souffert, douté, puis renversé le Japon 2-1 en Seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Mais derrière le scénario dramatique, il y a surtout une vraie leçon tactique signée Carlo Ancelotti : ne pas paniquer, corriger la structure avant de condamner les hommes, puis choisir le profil juste au bon moment.
Le Brésil a débuté avec Alisson dans les buts, Danilo, Marquinhos, Gabriel Magalhães et Douglas Santos en défense ; Bruno Guimarães et Casemiro au milieu ; Rayan, Lucas Paquetá et Vinícius Jr derrière Matheus Cunha. En face, le Japon s’est présenté avec Suzuki, H. Ito, Tomiyasu, Taniguchi, Doan, Sano, J. Ito, Nakamura, Kamada, Maeda et Ueda.
Le plan japonais : fermer l’axe et piéger Casemiro
En première période, le Japon de Hajime Moriyasu a parfaitement lu le Brésil. Avec une défense à trois qui devenait souvent une ligne de cinq sans ballon, les Japonais ont verrouillé l’axe, fermé les lignes vers Paquetá et isolé Casemiro dans une zone très exposée.
Schéma japonais sans ballon :
Ueda
Maeda Kamada
Nakamura Sano J. Ito Doan
H. Ito Tomiyasu Taniguchi
Suzuki
Le Japon ne pressait pas toujours très haut, mais il pressait intelligemment. L’idée était simple : laisser les centraux brésiliens avoir le ballon, puis refermer vite dès que la passe entrait dans le milieu.
C’est là que Casemiro a souffert. Il a perdu des ballons, manqué de rythme dans certaines sorties et s’est retrouvé impliqué dans l’action du but japonais, inscrit par Kaishu Sano à la 29e minute après une erreur brésilienne.
Pourquoi Ancelotti n’a pas sorti Casemiro
Beaucoup d’entraîneurs auraient remplacé Casemiro à la pause. Ancelotti, lui, a compris que le problème n’était pas seulement individuel. Casemiro était mauvais parce que le contexte autour de lui était mauvais.
En première période, le Brésil ressemblait souvent à ceci :

Le souci : trop de distance entre Casemiro, Paquetá et les ailiers. Quand le Brésil perdait le ballon, Casemiro devait couvrir trop large. Quand il recevait, il avait peu de solutions courtes.
Ancelotti a donc choisi de corriger la structure plutôt que de sacrifier son milieu. Et ce choix a été récompensé : Casemiro a égalisé de la tête à la 56e minute, après que le Brésil a commencé à multiplier les centres dans la surface.
Le vrai ajustement de la pause : plus de centres, plus de présence dans la surface
Ancelotti a expliqué après le match que le Brésil avait changé de stratégie à la mi-temps : rester patient, garder sa forme collective et mettre davantage de ballons dans la surface. Selon lui, cette évolution tactique a permis au Brésil de trouver des espaces contre une équipe japonaise très organisée.
Le Brésil de la deuxième période :
Endrick
Vinícius Rayan
Cunha / zones intérieures
Bruno Guimarães
Casemiro
Douglas Gabriel Marquinhos Danilo
Alisson
L’entrée d’Endrick à la pause à la place de Paquetá a aussi changé le poids offensif du Brésil. Avec un vrai attaquant plus vertical, les défenseurs japonais ne pouvaient plus défendre uniquement face au ballon. Ils devaient aussi gérer les appels dans la profondeur.
Martinelli plutôt que Neymar : le choix du profil, pas du nom
À la 66e minute, Ancelotti fait entrer Gabriel Martinelli à la place de Matheus Cunha. Neymar était sur le banc, mais Ancelotti ne l’a pas utilisé. Après le match, il a expliqué qu’il pensait à Neymar surtout dans l’hypothèse d’une prolongation ; finalement, le Brésil n’en a pas eu besoin.
Ce choix est capital. Neymar aurait apporté de la création, de la pause, de la dernière passe. Mais le match demandait autre chose : intensité, appels, pressing, percussion, courses sans ballon.
Martinelli a été utilisé dans un rôle très intéressant, plus proche d’un milieu gauche offensif que d’un ailier collé à la ligne. The Guardian a noté qu’il évoluait côté gauche au milieu, avant de recevoir entre les lignes sur l’action du but.
Schéma après l’entrée de Martinelli :
Endrick
Vinícius Rayan
Martinelli
Bruno Guimarães
Casemiro/ Fabinho
Douglas Gabriel Marquinhos Danilo
Alisson
Martinelli n’a pas seulement apporté un but. Il a changé la géographie du match. Sa mobilité a forcé le Japon à reculer. Ses appels ont ouvert des espaces entre les centraux et les pistons japonais. Et surtout, il a ajouté de l’énergie dans un match où le Japon commençait à perdre de la fraîcheur.
Le but de la victoire : une action simple, mais préparée tactiquement
À la 90e+5, Martinelli marque le but de la victoire. L’action résume tout le coaching d’Ancelotti : Bruno Guimarães trouve Martinelli entre les lignes, l’attaquant contrôle, termine calmement, et le Brésil passe devant.
Ce n’est pas un but venu de nulle part. C’est le résultat d’un match que le Brésil a progressivement déplacé vers la surface japonaise. Plus de centres. Plus de présence. Plus de joueurs entre les lignes. Plus d’intensité sur les deuxièmes ballons.
La grande leçon tactique
Ancelotti a gagné ce match en trois décisions majeures :
- Il n’a pas sorti Casemiro malgré une première période très compliquée.
- Il a corrigé la structure collective avec plus de patience, plus de centres et plus de présence dans la surface.
- Il a choisi Martinelli plutôt que Neymar, parce que le match avait besoin d’intensité plus que de prestige.
C’est ce qui distingue les grands entraîneurs : ils ne choisissent pas toujours le joueur le plus populaire, mais le joueur le plus utile au scénario du match.
Le Brésil n’a pas simplement battu le Japon. Ancelotti a gagné une bataille d’interprétation. Moriyasu avait remporté la première période par l’organisation. Ancelotti a gagné la seconde par l’ajustement.
