Il y a quelques jours encore, toute l’affaire semblait tenir autour d’une seule question : Thélyson Orélien a-t-il utilisé l’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir ?
Une question qui risque pourtant de devenir secondaire.
Car prouver avec une certitude absolue qu’un texte a été généré par une IA reste complexe. Les outils de détection peuvent fournir des indices, parfois très forts, mais leurs résultats restent discutables lorsqu’ils sont utilisés seuls.
Le problème pour Thélyson Orélien, c’est qu’entre-temps, un autre dossier est apparu : celui du plagiat.
Et celui-là laisse beaucoup moins de place à l’interprétation.

Des textes publiés sous son nom entre 2012 et 2014 présentent d’importantes similitudes avec des œuvres et articles publiés auparavant. L’un des cas les plus embarrassants concerne Où va le monde, un texte qui lui avait même permis de remporter un prix du public à Radio-Canada. Plusieurs passages reprennent presque directement Le Matin des magiciens, publié par Louis Pauwels et Jacques Bergier en 1960.
Autre exemple : Ne mettons pas nos héros sur un piédestal, publié en 2013 dans La Presse. Le journal a depuis reconnu un cas de plagiat : le texte reprend dans sa quasi-totalité, sous forme de traduction légèrement remaniée, une chronique d’Andy Bautista publiée cinq jours plus tôt dans The Philippine Star.

Et ce ne sont pas les seuls textes concernés.
Des publications parues notamment sur Mediapart, HuffPost Québec et Mondoblog/RFI ont également été signalées pour leurs ressemblances avec des textes antérieurs provenant d’autres médias.
C’est probablement ici que l’affaire change complètement de dimension.
Parce qu’on ne parle plus seulement d’un logiciel qui estime qu’un roman ressemble à un texte produit par une IA. On parle désormais de textes anciens que l’on peut mettre côte à côte avec leurs sources présumées.
Et les premières conséquences sont déjà là.
Les Éditions du Boréal ont suspendu la tournée promotionnelle canadienne de l’auteur. Le Salon du livre de l’Estrie lui a retiré son titre d’invité d’honneur et annulé ses participations prévues. La Presse estime désormais qu’il serait très étonnant de republier l’auteur dans ses pages.
Puis, ce vendredi 25 septembre, un autre domino est tombé : l’Académie Goncourt a retiré C’était ça ou mourir de sa sélection 2026, expliquant vouloir préserver l’intégrité du prix et de l’Académie.
Et maintenant ?

C’est là qu’il faut distinguer les faits du scénario.
Thélyson Orélien vient de remporter le Prix du Roman Fnac 2026. Rien n’indique pour l’instant que ce prix lui sera retiré.
Même prudence concernant Grasset. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que la maison française mettra fin à sa collaboration avec lui.
Mais après les décisions prises au Québec et celle, beaucoup plus symbolique, de l’Académie Goncourt, ces questions vont forcément se poser.
La Fnac maintiendra-t-elle son prix si la polémique continue de prendre de l’ampleur ?
Grasset continuera-t-il à défendre son auteur si de nouveaux cas documentés apparaissent ?
D’autres festivals, médias ou prix littéraires prendront-ils à leur tour leurs distances ?
Personne ne peut encore répondre.
Mais une chose a déjà changé : l’affaire Thélyson Orélien n’est plus seulement une affaire d’intelligence artificielle.
Et paradoxalement, l’IA pourrait même finir par devenir la partie la moins dangereuse du dossier.
Parce qu’un détecteur peut être contesté.
Un texte ancien placé à côté d’un autre publié avant lui, beaucoup moins.
Le Goncourt vient de tomber.
Boréal et un salon littéraire ont déjà pris leurs distances.
Pour le reste, ce n’est encore qu’un scénario.
Mais le film, lui, semble avoir commencé…
