Miguelina Bello Segura a reconnu les faits dans le cadre d’un accord avec le ministère public, condamnée à trois ans de prison. Elle devra purger dix-huit mois à domicile, l’autre moitié de la peine étant suspendue sous conditions.

Des munitions placées sous la garde de la police dominicaine se sont retrouvées dans un circuit de vente clandestine, près de deux ans après le lancement de l’opération Pandora, la justice a condamné Miguelina Bello Segura poursuivie pour son rôle dans cette affaire, notamment pour des ventes à des ressortissants haïtiens. La décision a été rapportée par la presse dominicaine ces derniers jours.
Le Deuxième Tribunal d’instruction du District national lui a infligé trois ans de prison. La juge Kenya Romero a homologué un accord conclu avec le ministère public, dans lequel Bello Segura reconnaît les faits, se déclare coupable et accepte de collaborer avec les autorités.
Une peine à domicile, assortie de conditions
La condamnation ne signifie pas trois années derrière les barreaux. La moitié de la peine est suspendue sous conditions ; les dix-huit mois restants doivent être exécutés sous forme d’assignation à résidence.
Selon Diario Libre, Bello Segura devra notamment conserver un domicile fixe, signaler tout changement d’adresse et se présenter chaque mois devant l’autorité désignée. Elle ne pourra pas quitter le territoire sans autorisation judiciaire et devra respecter une interdiction de porter une arme à feu. La lecture intégrale de la décision est annoncée pour le 5 novembre 2026, à 15 heures.
Un dossier qui remonte à novembre 2024
L’opération Pandora avait été lancée en novembre 2024 contre un réseau présumé de détournement de matériel appartenant à la Police nationale dominicaine. Plusieurs membres de l’institution figuraient parmi les personnes mises en cause.
À l’époque, Associated Press rapportait l’arrestation d’un colonel et de neuf officiers, accusés d’avoir soustrait des armes et des munitions dans les réserves policières pour les revendre illégalement. Parmi les acheteurs évoqués par les autorités figuraient des personnes en Haïti, dont des criminels.

Les chiffres détaillés dans l’accusation donnent la mesure du dossier : 836 970 munitions et 645 pièces de matériel auraient été détournées, le ministère public évalue le préjudice pour l’État dominicain à plus de 92,19 millions de pesos…
Selon les éléments de l’enquête, les stocks détournés comprendraient notamment 230 340 cartouches de calibre 5,56 mm, destinées à des fusils. Cette quantité concerne l’ensemble du réseau présumé, et non les seules ventes attribuées à Miguelina Bello Segura.
Selon l’accusation, une partie du matériel soustrait aurait été commercialisée auprès de gangs opérant en Haïti. Le dossier pose donc une question qui dépasse le vol dans un dépôt : celle du passage de ressources policières vers un marché clandestin susceptible d’alimenter des groupes armés.

Le colonel et d’autres accusés doivent encore être jugés
La condamnation de Bello Segura ne clôt pas l’affaire. En septembre, le colonel Narciso Antonio Féliz Romero, ancien responsable de l’Intendance des armes de la police, ainsi que le capitaine Nelson Valdez, qui dirigeait le dépôt d’armes, de munitions et d’équipements, ont été renvoyés devant la juridiction de jugement avec plusieurs autres accusés. Ce renvoi ne constitue pas une déclaration de culpabilité.
Une autre condamnation avait déjà été rapportée : celle de Marino Antonio Rodríguez Toribio, à cinq ans d’assignation à résidence. La fermeture définitive de la société Tactical Accesories RH, S.R.L., qu’il représentait, avait également été ordonnée.
Pandora met en lumière un enjeu concret de la lutte contre les trafics : la sécurité dépend aussi du contrôle des stocks à l’intérieur des institutions. Lorsqu’un dépôt public devient une source d’approvisionnement clandestin, surveiller la frontière ne suffit plus. Il faut également établir comment le matériel sort, qui le vend et qui en bénéficie.
La justice a désormais reconnu la responsabilité de certains protagonistes. Pour les autres, le procès doit encore déterminer les faits et les responsabilités individuelles.
