Il y a des textes que j’aime prendre le temps d’écouter, puis d’analyser. Dès la première écoute de “Sa chanje” de Thélo, certaines paroles m’ont accroché, j’y ai retrouvé des réflexions qui me parlent sur la confiance, les déceptions, la foi et la manière dont nos expériences modifient nos relations.
Je me suis alors dit : pourquoi ne pas y consacrer un article ? Quelques passages rejoignent des questions que j’aborde dans L’Art de se protéger, donc j’avais envie de m’y arrêter et de partager ce que j’y retrouve.
Donner, mais savoir jusqu’où
Thélo évoque un grand cœur avec un amour qu’il mesure désormais, je comprends cette idée. Quand on a longtemps été disponible pour les autres, poser une limite peut donner l’impression de devenir égoïste, on hésite à refuser, on se justifie, puis on accepte encore quelque chose qui nous pèse.
Avec le temps on finit pourtant par regarder ce que ces relations nous coûtent, qui prend de nos nouvelles sans avoir besoin d’un service ? Auprès de qui peut-on, nous aussi, être fatigué ou avoir besoin d’aide ?
Dans L’Art de se protéger, j’écris :
“Il ne s’agit pas de vivre sur la défensive, mais de ne plus confier ton intimité à ceux qui ne savent pas en prendre soin.”
Cette phrase rejoint, pour moi, la prudence exprimée dans le morceau, la proximité mérite de se construire. L’amitié ne dispense pas d’observer la cohérence entre les paroles et les actes.
Il reste une difficulté : ne pas faire payer aux nouvelles rencontres ce que les précédentes nous ont fait subir, on peut prendre son temps sans condamner tout le monde à rester dehors.
Ne plus avoir besoin de se venger
L’un des passages qui retiennent le plus mon attention concerne la disparition de son envie de vengeance…
Après une blessure on voudrait parfois que l’autre regrette, qu’il reconnaisse notre valeur, voie nos progrès ou comprenne enfin ce qu’il a perdu. On construit quelque chose pour soi, mais on espère encore qu’il regarde.
Combien de place cette personne occupe-t-elle alors, même en étant absente ?
J’interprète les mots de Thélo comme un changement dans cette attente, il accepte que certains aient changé avec lui et ne veut plus organiser sa vie autour de leur comportement.
Cela me rappelle une réflexion de mon livre :
“Le mensonge de l’autre ne transforme pas ma confiance en faute.”
On peut reconnaître les signes qu’on n’avait pas remarqués, revoir ses choix et devenir plus attentif. Mais s’en vouloir indéfiniment d’avoir été sincère ajoute une peine à celle qu’on a déjà reçue.
Renoncer à se venger peut commencer là : cesser de chercher comment atteindre l’autre pour s’occuper de ce qu’il faut réparer chez soi.
Ce qui échappe à notre contrôle
Thélo explique également avoir arrêté de vouloir maîtriser ce sur quoi il n’a aucune prise, Ce passage prolonge le précédent.
On peut exprimer un désaccord demander une explication, proposer de réparer un lien… On ne peut pas décider de la réponse, pourtant c’est souvent à cet endroit qu’on insiste le plus : on reformule, on relance, persuadé qu’avec les bons mots, l’autre finira par comprendre.
Et pendant ce temps, notre tranquillité dépend d’une réaction qui ne vient pas.
Dans le texte, accepter les départs et respecter ceux qui restent prend alors du sens. L’attention revient vers les relations encore vivantes, celles auxquelles chacun contribue. Il devient possible d’accueillir autre chose sans attendre que toutes les histoires précédentes soient réglées.
Sa mère, la foi et les raisons de dire merci
Le passage où Thélo évoque sa mère me touche particulièrement. Sa présence lui donne une raison de ne pas nourrir de haine. Au milieu des déceptions, il se rappelle quelqu’un dont l’existence compte davantage.
Je reçois ces mots avec mon histoire. Dans L’Art de se protéger, j’écris :
“Mais j’ai fini par comprendre que ma mère ne m’avait pas seulement donné la vie. Elle m’avait transmis une manière d’être au monde.”
Lui peut encore profiter de cette présence, moi.. je mesure aussi sa valeur à travers l’absence. Cela me rappelle combien il est précieux de consacrer du temps aux personnes qu’on aime, pendant qu’on peut encore les appeler, les voir et les entendre.
La reconnaissance traverse aussi sa relation à Dieu après les larmes et les prières, Thélo explique, demander moins et remercier davantage, y compris pour ce qu’il reçoit sans l’avoir réclamé.
Cette pensée mérite une pause. On remarque vite ce qui manque, ce qui nous soutient au quotidien devient parfois si familier qu’on oublie de lui accorder de l’attention.
Avancer à son rythme
J’aime également la manière dont il aborde ses besoins et son ambition, il veut progresser, tout en gardant des limites sur les moyens d’y parvenir.
Lorsqu’on voit défiler les réussites des autres, on peut avoir l’impression d’être en retard. On oublie ce qu’on construit, on accélère, on accepte des situations qu’on aurait refusées auparavant. Mais arriver plus vite vaut-il tous les compromis ?
Thélo laisse aussi une place au présent son rappel de la mort ramène à une question concrète : à force de préparer la suite, que fait-on de la vie qu’on a aujourd’hui ?
Vers la fin des passages partagés, il constate que ces changements lui ont permis de se retrouver. C’est ce que je retiens du morceau : une évolution dans sa façon de choisir ses liens, d’utiliser son énergie et d’apprécier ce qu’il possède.
Bèl Jwè, 9 titres à découvrir
“Sa chanje” figure parmi les 9 morceaux de Bèl Jwè, l’album de Thélo sorti le 16 octobre 2026 sous la bannière TMG et déjà entré dans le Top 5.
Ce début attire l’attention sur le projet. Pour ma part, ce sont ces paroles qui m’ont donné envie de m’attarder. J’y reconnais des questions qui ont accompagné l’écriture de mon livre et qui continuent de m’habiter.
