De 2002 à aujourd’hui, rares sont les artistes haïtiens capables de rester au centre des débats sans jamais quitter la scène. Fantom fait partie de cette catégorie. Plus qu’un rappeur, il est devenu l’une des figures les plus marquantes du hip-hop haïtien.
Ado Ado
Trois carrières dans une seule vie
Observer la carrière de Fantom, c’est presque observer trois artistes différents.
2004 – 2014 : la naissance d’un phénomène
Cette première décennie est celle de la conquête.
Le jeune rappeur impose progressivement sa plume, son flow et son personnage jusqu’à devenir l’une des figures majeures de Barikad Crew.
Durant cette période, il participe à plusieurs projets devenus historiques, notamment « Goumen pou sa w kwè », souvent considéré comme l’un des plus grands albums du rap créole.
Le public découvre également un rappeur capable de transformer chaque apparition en événement.
2014 – 2024 : la confirmation
Pendant que plusieurs grandes figures du rap disparaissent progressivement des radars, Fantom continue de produire.
Albums, collaborations, concerts, clips, clashs…
Il devient progressivement le rappeur possédant l’un des catalogues les plus importants du pays.
Sa longévité devient déjà exceptionnelle.
Depuis 2024 : la troisième vie
Nous sommes peut-être face à la troisième carrière de Fantom.
Plus de vingt ans après ses débuts, son nom continue d’alimenter les conversations.
Le récent affrontement avec Toby Anbakè en est la preuve.
Combien de rappeurs apparus en 2004 sont encore aujourd’hui au cœur des débats avec une nouvelle génération ?
Très peu.
Une longévité presque unique
Depuis plus de vingt ans, la voix de Fantom accompagne pratiquement toutes les grandes périodes du rap créole.
Il aura connu :
- la naissance des premiers grands mouvements rap ;
- l’explosion de Barikad Crew ;
- les années des grands clashs ;
- l’arrivée du streaming ;
- l’émergence d’une nouvelle génération.
Et pourtant…
Il est toujours là.
Peu d’artistes peuvent en dire autant.
Un catalogue monumental
Lorsqu’on parle d’héritage, difficile d’ignorer ses chiffres.
Son catalogue comprend notamment :
- 10 albums solo ;
- 3 albums avec Barikad Crew ;
- 2 albums avec Pick Up Click ;
- 1 album avec Mad S ;
- 1 album Young Makout ;
- 1 mixtape ;
- des dizaines de collaborations.
L’un des artistes qui ont ouvert la voie aux carrières solo dans le rap créole moderne.
Un catalogue capable d’aligner des classiques comme :
Asefi, Men nonm nan, Di mwen, Tout geto yo, Lè mwen wè w, Dechaje, Once Again, Salute, Si m te ka, Pouki w pa t konprann mwen, Kite l fè travay li, Lèzòm fòkè, Men chalè a, Pou kont mwen, Lè m sou, Site non m, dechaje, Viv ak sa m genyen… sans oublier « Prezantasyon Alèkile », en collaboration avec Matyas, devenu lui aussi un morceau marquant.
Et cette liste est loin d’être exhaustive.
À elle seule, elle témoigne de la longévité et de la capacité de Fantom à produire des titres qui ont marqué différentes générations de fans.
L’homme des grands clashs
L’histoire du rap créole ne peut pas être racontée sans évoquer les affrontements de Fantom.
Il aura participé à certains des plus grands clashs du mouvement.
Il s’est notamment opposé à G-Bobby Bon Flow, considéré par beaucoup de rappeurs de la nouvelle génération comme une véritable référence.
Il a également affronté Rockfam, l’un des groupes les plus emblématiques du rap créole.
Plus de vingt ans après, le voilà encore impliqué dans un nouveau chapitre avec Toby Anbakè.
Autrement dit…
Chaque grande époque du rap créole semble avoir son “moment Fantom”.
Les punchlines qui traversent le temps
Certaines phrases deviennent plus célèbres que les morceaux eux-mêmes.
Fantom en possède plusieurs.
Mais il est aussi à l’origine de certaines des réponses les plus mémorables de l’histoire du rap.
Impossible par exemple d’oublier cette réplique de Wendyyy :
« Lòt la gen plis albòm vre wi, men pi fò se albòm foto. »
Une phrase devenue culte dans la culture hip-hop haïtienne.
Un découvreur de talents
Un autre aspect souvent oublié concerne son influence sur la nouvelle génération.
Au fil des années, Fantom a offert de la visibilité à plusieurs artistes qui sont aujourd’hui des références :
- Bedjine ;
- Fredlin ;
- Wanito ;
- Willbeat ;
- Dutty ;
- Zaka Touch.
Même si Rutshelle Guillaume avait déjà sorti des chansons auparavant et participé à « BC », c’est avec Fantom qu’elle signe l’un de ses premiers grands succès populaires.
Son impact dépasse donc largement sa propre carrière.
Un survivant
La carrière de Fantom ne s’est pas construite sans sacrifices.
Au fil des années, il a connu :
- une électrocution qui a failli lui coûter la vie ;
- des agressions physiques ;
- un grave accident ;
- des tirs.
Autant d’épreuves traversées alors qu’il continuait à représenter le rap créole.
Le paradoxe Fantom
Mais raconter Fantom sans parler de ses défauts serait raconter une histoire incomplète.
Car son plus grand adversaire…
semble souvent être lui-même.
Son immense spontanéité l’amène parfois à tenir des propos qui alimentent des controverses.
À plusieurs reprises, certaines sorties médiatiques ont brouillé son image.
Par moments, il donne même l’impression d’oublier le poids de son propre statut.
Cette manière de communiquer lui vaut régulièrement des critiques et offre parfois des arguments à ses adversaires.
Le récent clash avec Toby Anbakè illustre encore cette réalité : au-delà des punchlines, une partie des débats porte aussi sur l’image que Fantom renvoie.

Une figure impossible à ignorer
Fantom n’est certainement pas parfait.
Aucun artiste ne l’est.
Mais lorsqu’on prend du recul, difficile de nier son empreinte.
L’un des plus grands catalogues du rap haïtien.
L’un des rappeurs les plus prolifiques.
L’un des artistes ayant participé aux albums les plus importants du mouvement.
L’un des rappeurs ayant traversé le plus de générations sans disparaître.
Une carrière de plus de vingt ans.
Des dizaines de classiques.
Des centaines de morceaux.
Des milliers de concerts.
Au fond, Fantom n’est plus seulement un rappeur.
Il est devenu une mémoire vivante du hip-hop haïtien.
Une figure qui continue de provoquer les débats, d’inspirer les jeunes générations et de diviser les opinions, mais qui reste, qu’on l’aime ou non, l’un des piliers de l’histoire du rap créole.
C’est peut-être pour cela que beaucoup le surnomment aujourd’hui : l’entité cosmique du rap créole…
