Il y a quelques années, à Saint-Marc, Ralph F. Eliodor commence à imaginer ce qu’il pourrait faire pour créer davantage d’opportunités autour de lui. Pas seulement réunir des jeunes pour parler de leadership, mais leur donner des occasions d’apprendre, de participer et surtout de construire quelque chose.
C’est dans cet esprit que naît Youth Christian Leaders (YCL) en 2023.
Le projet se développe autour du leadership, de l’éducation, de l’entrepreneuriat et de l’engagement communautaire. Mais derrière ces grands mots, l’idée reste assez simple : permettre à des jeunes de découvrir ce dont ils sont capables lorsqu’on leur donne un cadre et quelques outils pour avancer.
En janvier 2025, Chokarella consacrait d’ailleurs un article à YCL, présenté comme un “tremplin pour les jeunes leaders” de Saint-Marc.

Et parfois, cette volonté prend des formes beaucoup plus simples et concrètes.
À Saint-Marc, Ralph a notamment organisé un Konkou Kreyòl. Au bout de la compétition : 50 000 gourdes et un iPad neuf remis aux gagnants.
Au-delà des récompenses, l’activité raconte assez bien sa manière de voir les choses : créer une occasion, mettre des jeunes en mouvement et leur donner une raison supplémentaire de croire en ce qu’ils peuvent faire.
De Saint-Marc à Carrefour
Depuis, le terrain s’est élargi.
Ralph est aujourd’hui responsable de projets au sein de HASC — Haitian American Student Corporation, une organisation qui réunit notamment étudiants, jeunes professionnels et membres de la diaspora haïtienne. HASC cherche à mobiliser compétences, ressources et réseaux autour de l’éducation, de la technologie et de l’autonomisation des communautés en Haïti.

C’est aussi par ce rôle qu’une nouvelle histoire commence à Carrefour.
Ralph facilite le rapprochement entre HASC et LEAD, Centre de leadership et d’innovation, une organisation de jeunes dirigée par Dwinny Belval et active dans la commune depuis 2020.
L’idée derrière ce rapprochement est très concrète : permettre à LEAD d’aller plus loin dans la création d’un espace de coworking à Carrefour.
Un endroit où des jeunes pourraient travailler, avoir accès à des ressources, se former, rencontrer d’autres porteurs de projets et, surtout, disposer d’un cadre pour faire avancer leurs propres idées.
Ce besoin n’est pas sorti de nulle part. À Carrefour, plusieurs jeunes et associations évoluent encore avec un accès difficile à l’électricité et à Internet, peu d’équipements et parfois aucun espace permanent pour travailler ou organiser leurs activités.
Le partenariat entre HASC et LEAD, déjà présenté par Le Nouvelliste, vient donc répondre à une réalité bien présente sur le terrain.
Et LEAD a déjà commencé le travail. Le centre porte notamment SHE LEADS, qui a accompagné 100 jeunes femmes, LEAD Innovation Labs, destiné aux entrepreneurs, ainsi que Cosmopolitan English Program.
Le coworking ne partirait donc pas de zéro. Il viendrait plutôt donner un espace physique à une dynamique qui existe déjà.
Et lui aussi continue d’apprendre
Pendant qu’il participe à la création de ces projets, Ralph poursuit également son propre parcours.
Il suit actuellement une formation diplômante à UPEACE — University for Peace, au Costa Rica.
Un détail qui compte, parce qu’il rappelle quelque chose qu’on oublie parfois lorsqu’on parle de ceux qui accompagnent les autres : eux aussi sont encore en train d’apprendre, d’évoluer et de chercher de nouvelles façons de faire.
Saint-Marc, Carrefour, puis le Costa Rica pour ses études.
Sur le papier, ce sont trois endroits différents. Mais dans son parcours, ils finissent par se rejoindre.
À Saint-Marc, il crée des activités. À Carrefour, il aide à connecter deux organisations autour d’un projet. Et parallèlement, il continue lui-même à se former.
Au fond, le fil conducteur est peut-être simplement là : ne pas attendre que toutes les conditions soient réunies pour commencer à créer des opportunités.
Parce que les jeunes n’ont pas toujours besoin qu’on leur explique qu’ils ont du potentiel.
Parfois, ils ont surtout besoin qu’une porte s’ouvre.

